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Rachat d’Hybris ... ça me SAP le moral !

Frédéric Bon 6 juin 2013
3 commentaires

L’édition de logiciels Web c’est un jeu simple, les nouveaux entrants jouent pendant quelques années et à la fin c’est SAP, Oracle ou IBM qui gagnent. Le rachat annoncé aujourd’hui d’Hybris par SAP est une nouvelle preuve de cette règle immuable ... et c’est franchement démoralisant.

ATG, Sun, Netscape, BEA, Ariba, Ilog ... autant de boites issues du Web qui terminent dans le giron des 3 prédateurs du marché IT. On constate malheureusement que depuis 20 ans aucun acteur majeur n’émerge dans notre secteur. Tous tombent dans la solution de facilité et cèdent aux ponts d’or de ces mastodontes aux poches pleines.

Les positions d’IBM, Oracle et SAP sont bien compréhensibles. Trop gros pour innover, ils sont longtemps passés à côté du business Web (ou pire, ont emmené leurs clients les plus fidèles dans des impasses technologiques). Maintenant, ils se rattrapent avec ces rachats. Ils en ont les moyens, c’est bien légitime et ce sont d’excellentes opérations pour eux.

Pour les proies, difficile de croire que le moteur de leur créativité ait été quand je serais grand, je veux rentrer chez IBM/SAP/Oracle (même si ces sociétés proposent des carrières passionnantes, on est bien éloigné d’une vie d’entrepreneur du Web). Pour le cas qui me fait réagir aujourd’hui : quand on a la chance comme Hybris d’être sur le haut de la vague CXM, d’avoir les moyens financiers de ses ambitions, d’avoir construit un écosystème vertueux ..., j’ai envie de dire Pourquoi ? Un deal avec Adobe (rumeur qui a longtemps circulé) aurait été par exemple, l’occasion de créer un vrai champion du digital. Mais non ... on revient à cette règle immuable.

Demain, sur le marché, Hybris mécaniquement va moins briller et sa dynamique va ralentir. Les clients anti-SAP vont se détourner de la solution, les sceptiques vont repousser leur décision en attendant que la greffe prenne ... La meilleure réponse rapide que pourrait apporter Hybris serait de sortir une vraie nouvelle version montrant que l’énergie de ses équipes R&D reste intacte. Le contenu et la qualité de la version 5.1 seront un indicateur à suivre à coup sûr.

Par Frédéric Bon

 

3 commentaires

  • Rudy Rigot
    6/06/2013 - 10:38

    Wow, je suis atterré aussi... o_0’

    Une nuance cela dit : les gros groupes plus récents rejoignent progressivement leurs grands frères, en se bâtissant aussi une réputation de rachat inévitable de tout ce qui est innovant, pour le laisser mourir faute de savoir itérer.

    On ne compte plus les annonces de rachat par Google qui n’ont strictement rien donné par la suite ; et comble du comble, le rachat de Tumblr par Yahoo a été accompagné d’une promesse officielle et très médiatisée par Marisa Mayer de "not screw it up this time".

    Les gros innovateurs des années 2000s seraient-ils les nouveaux aspirateurs à innovation des années 2010s ?

    (Pour la blague, en lisant le jeu de mot du titre, j’ai tout suite su que c’était toi !) ;)

  • Da Scritch
    6/06/2013 - 14:08

    Ce qu’il y a de rassurant dans cette affaire, c’est que des créateurs clés vont partir, vont monter une entreprise dans leur coin, et vont à nouveau renouveler le secteur.

    Et c’est souvent très amusant, mais quand un grand groupe rachète une pousse très prometteuse, ça fait rapidement fuir du monde. À mon avis, cela ne vient pas du fait que la paie est moins bonne. Bien au contraire, même…

  • Régis Quintin
    11/06/2013 - 09:34

    Je partage le propos et en même temps, il s’agit là d’un phénomène quelque peu... inéluctable.

    Il y a 2 profils d’investisseurs, avec des objectifs, des savoir-faire, des business model différents : les investisseurs qui prennent des risques et permettent à des sociétés de naitre et grandir, et les investisseurs, les capitaux, qui s’occupent de les faire fructifier une fois qu’elles se sont faites une place sur le marché.
    C’est d’autant plus pertinent lorsque, comme c’est le cas ici, l’offre est complémentaire de l’activité de l’investisseur, permettant de créer ainsi des synergies profitables au « racheteur » et au « racheté ».

    C’est pareil bien souvent du coté des hommes, il y a ceux qui créent et construisent, ceux qui entretiennent et font fructifier. Il est donc plutôt compréhensible que les investisseurs et le head of hybris aient le sentiment d’avoir passé un cap, le cap de la naissance d’une grande solution, et aient cédés aux sirènes pour que leur solution puisse passer dans un mode de déploiement commercial plus massif et industriel. Aucune info derrière cette phrase, juste la probabilité que certaines personnes et investisseurs clé passent à une autre aventure une fois la période de transition passée… Ce serait plutôt naturel.

    Hormis le ressenti, les valeurs et pré-jugés des clients envers la marque SAP, tantôt positifs, tantôt négatifs, je ne suis pas certain que nous verrons de gros changements dans un 1er temps. SAP s’appliquera à ne pas gâcher cette pépite et le head of hybris a négocié une certaine autonomie pour garder l’agilité nécessaire à une solution de commerce omnicanal dont le marché bouge très rapidement.
    La v5.1 est déjà sur les rails et ne permettra pas de mesurer de quelconques changements. Les versions ultérieures seront plus révélatrices mais le risque d’une mauvaise greffe est plus un long dépérissement qu’un soudain revirement réellement mesurable sur les 12 prochains mois…

    Souhaitons à hybris une bonne greffe : conserver son agilité, continuer à développer la solution, à innover, et conserver une politique commerciale permettant au maximum de clients de trouver leur ROI dans l’utilisation de la solution !

    Régis QUINTIN
    https://twitter.com/regis_quintin